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Introduction

ExploreTech & société · 15 min de lecture

Boycott et souveraineté numérique : place à la cyber-résistance !

ParEthan BEAUVAIS--GUIBERT
20 mai 2026
1

Sommaire

  1. ILe boycott économique et numérique : mythe ou réalité ?A. Quand le boycott fait plier les géantsB. Quand le boycott essouffle les monopoles
  2. IIComment nos clics nourrissent des causes gravesA. Le piège de la "gratuité"B. Donner son argent pour financer le pireC. La stratégie du boycottD. La danger du boycott : l'individualisme
  3. IIILa prochaine guerre sera numériqueA. L’illusion de neutralitéB. Le cas d’école des tests ADNC. Choisir l’Europe
  4. IVConclusion

Depuis le début des années 2000, nous sommes tous de plus en plus dépendants des outils numériques. En regardant autour de vous, vous vous rendrez compte que tout ce qui nous entoure, repose sur une application, un programme, ou des données. L’argent liquide a presque disparu, notre quotidien s’est uberisé, le cloud est devenu le centre névralgique de quasiment toutes les entreprises et services publics. Plus simplement, est-ce que vous vous voyez sortir de chez vous sans votre téléphone ? Sans GPS, ou musique. Sans un accès à internet ou à une messagerie. Rien qu’en 2012, 53% des utilisateurs de smartphone avouaient appréhender lorsqu’ils n’avaient pas accès à leur appareil. La fameuse nomophobie (1), dont je vous laisse imaginer les chiffres aujourd’hui.

53%des utilisateurs de smartphone avouaient appréhender sans accès à leur appareil, dès 2012.

Le numérique s’est donc imposé comme une ressource essentielle au confort et au fonctionnement de la vie moderne. Et comme toute ressource dans un monde capitaliste, ceux qui la contrôlent ont les pleins pouvoirs sur notre société et nos vies. Mais, paradoxalement, par nos choix, nous, les « consommateurs » sommes aussi acteurs de la vie numérique. Exprimer et soutenir ses opinions ne se fait plus seulement dans l’urne, mais à chaque clic, téléchargement ou abonnement. Mais comment pouvons-nous défendre des valeurs et des principes éthiques, quand nos vies dépendent d’outils numériques majoritairement américains et détenus par des hommes et des femmes (mais majoritairement des hommes) qui piétinent ces principes ? Le boycott de ces outils est-il une utopie militante ou une vraie arme économique et géopolitique ? Dans cet article je vous propose d’analyser ensemble l’efficacité du boycott tout en établissant une cartographie de notre dépendance numérique, ce qui nous amènera à l’urgence vitale du souverainisme numérique, à la fois individuel et collectif.

Chapitre I

Le boycott économique et numérique : mythe ou réalité ?

La première chose que beaucoup d’entre vous doivent ressentir quand je vous parle de boycott, est un sentiment d’impuissance. L’impression d’être trop petit face à ces géants du numérique, et, qu’avec ou sans vous, ces entreprises se porteront aussi bien. Mais permettez-moi de vous rassurer en vous prouvant que chaque choix individuel peut compter et faire plier les géants.

AQuand le boycott fait plier les géants

Il n’est pas rare que des entreprises ou des dirigeants fassent des choix plus que discutables sur l’orientation de leurs services, de leurs investissements ou même de leurs campagnes publicitaires. Je vous en donnerai plus d’exemples dans la partie suivante, mais en 2024, Bumble, une application de rencontre américaine, partage sur les réseaux sociaux et sur des panneaux publicitaires des phrases comme « L’abstinence n’est pas la solution » ou encore « Tu n’abandonneras pas le dating pour devenir une nonne ». Ces phrases, jugées sexistes, condescendantes et culpabilisantes par les internautes, entraîneront un boycott massif des utilisatrices et un tollé médiatique avec de nombreuses critiques de personnalités.

Panneau publicitaire Bumble
Panneau publicitaire Bumble
La campagne d’affichage Bumble, 2024

Sous la pression, Bumble présente ses excuses, retire ses panneaux et fait des dons à des associations de défense des droits des femmes (2). Je vous laisse estimer si tout cela vous convaincrait de les pardonner et de réinstaller l’application, mais ça reste un exemple de la puissance du boycott.

Mais même les acteurs du numérique les plus importants ne sont pas à l’abri de la colère des utilisateurs. En 2017, les accointances opportunistes d’Uber et de ses dirigeants avec la politique migratoire de Trump entraînent une vague de désinscription massive. Ce sont plus de 500 000 comptes qui seront supprimés en un week-end (3). Ce mouvement sera renforcé lorsqu’il est révélé que Travis Kalanick, le PDG, aurait laissé prospérer dans l’entreprise une culture favorisant l'agressivité, le sexisme et les discriminations en tout genre. Une vidéo où on le voit insulter un chauffeur Uber viendra de nouveau fragiliser sa légitimité à la tête d’Uber, et il finira par démissionner. Comme quoi, il est possible d’avoir un impact sur la politique menée par les acteurs majeurs de nos vies numériques en seulement quelques clics.

500 000comptes Uber supprimés en un seul week-end, en 2017.

BQuand le boycott essouffle les monopoles

Si s’attaquer à des entreprises bien ancrées dans leur marché peut déjà sembler difficile, s’en prendre directement à des monopoles en ayant un impact devient mission impossible. Mais, vous me voyez venir, les exemples ne manquent pas non plus.

En 2025, les frasques et les prises de positions politiques du milliardaire d’extrême droite Elon Musk entraînent la chute des ventes de Tesla en Europe malgré une progression du marché de l’électrique (4). Ainsi, les voitures de l’oligarque américain perdent 55 % de parts de marché en Europe (5), principalement en Allemagne et en Scandinavie, où les flottes d’entreprises et les particuliers se détournent massivement de la marque, au profit d'autres comme BYD. La perte de ces ventes et abonnements retirera à Tesla son statut de principal constructeur de véhicules électriques dans le monde.

−55%de parts de marché pour Tesla en Europe en 2025.

Elon Musk n’est pas le seul dont l’engagement trumpiste s’est répercuté sur les performances de son entreprise. La politisation de la direction d’OpenAI, créatrice de ChatGPT, et les financements agressifs de lobbys conservateurs ou d’initiatives militaires déclenchent une fuite des utilisateurs (6) et des cerveaux vers des alternatives comme Claude d’Anthropic, qui vient de refuser un contrat militaire avec l’administration Trump. Contrat récupéré par, vous l’aurez deviné, OpenAI (7).

Tous ces exemples, vous le voyez, montrent bien que le boycott est possible et est un réel outil dans la lutte des causes. Mais maintenant qu’on a établi l’impact possible du boycott, il faut discuter de son utilité.

Chapitre II

Comment nos clics nourrissent des causes graves

Au-delà d’une simple « punition » envers une marque ou une entreprise, le boycott est selon moi une façon de s’émanciper d’un système qui impose aux utilisateurs de financer, de manière indirecte, des idées aux antipodes des leurs. Et ce, sous prétexte de proposer la meilleure offre, le meilleur service, ou tout autre argument commercial. Il est donc important que chaque individu sache où va son argent, qui ne s’arrête pas au compte en banque de l’entreprise dont il est client, mais a le potentiel de financer des conflits ou des idées nauséabondes. Ainsi, chacun sera en mesure de faire un choix de manière éclairée, et j’ai confiance que, en toute connaissance de cause, le bon choix sera fait. Mais alors, quelles sont les raisons qui pourraient convaincre quelqu’un d’abandonner une solution dont il est satisfait pour aller vers une autre ?

ALe piège de la "gratuité"

Je pense qu’on a tous entendu la fameuse phrase « Si c’est gratuit, vous êtes le produit », mais vous êtes-vous déjà demandé d’où elle venait ? Aujourd’hui c’est assez connu que la plupart des entreprises, et notamment les GAFAM, collectent, exploitent et parfois vendent toutes les données qu’il est possible de tirer de votre utilisation de leurs produits (8). Meta, l’entreprise mère de Facebook et d’Instagram, a d'ailleurs été condamnée à des amendes record par l’UE pour transferts illégaux de données vers les USA. Ces données siphonnées sont alors employées pour la publicité ciblée, revendues à des data brokers (des courtiers en données qui agrègent les données de plusieurs sources pour les revendre à prix d’or) ou récupérées par les gouvernements. Les États-Unis utilisent, par exemple, votre activité sur les réseaux sociaux pour décider de vous octroyer, ou non, un visa. C’est un sujet suffisamment vaste pour en faire un article dédié, de l'ingérence électorale (9) à l’espionnage arbitraire de personnes.

Certains ne sont pas dérangés par la traite de leurs données personnelles, soi-disant car « ils n’ont rien à cacher ». J’ai tendance à renvoyer ces personnes vers les propos d’Edward Snowden (10), lanceur d’alerte américain aujourd’hui exilé en Russie :

Edward Snowden
Laura Poitras / Praxis Films · CC BY 3.0
“
Dire que vous ne vous souciez pas du droit à la vie privée parce que vous n'avez rien à cacher, c'est comme dire que vous ne vous souciez pas de la liberté d'expression parce que vous n'avez rien à dire.
— Edward Snowden

Mais je comprends qu’on puisse se dire que cette collecte de données est la contrepartie de l’utilisation de nombreux services essentiels à la vie sociale et que c’est plus ou moins inévitable de nos jours, car je suis moi-même sur les réseaux sociaux. Cependant, de nouveau, la monétisation de ces données ne s’arrête pas au compte en banque de l’entreprise, mais sert également à financer des lobbys, des projets militaro-industriels, comme le projet Nimbus (11) de Google et Amazon, qui vise à fournir à l’armée génocidaire israélienne une infrastructure cloud militaire.

BDonner son argent pour financer le pire

Mais en plus de tous les services numériques gratuits qu’on utilise au quotidien, on a quasiment tous des abonnements pour de la musique, du divertissement ou encore des outils professionnels. Cette fois-ci, c’est directement notre argent qui sert à financer les causes oligarchiques.

Les exemples ne manquent pas. Le PDG de Spotify, Daniel Ek, en plus d’imposer la pire rémunération du marché aux artistes, réinvestit des centaines de millions d’euros dans Helsing, une IA militaire de défense (12). L’argent de la culture finance donc directement la guerre.

L’argent de la culture finance donc directement la guerre.

En plus de leurs pratiques d’optimisation fiscale agressives (13), les plateformes de streaming comme Disney+ et Netflix luttent contre le cinéma (14) et financent des campagnes politiques conservatrices. Par exemple, en 2025, l’émission Jimmy Kimmel Live!, diffusée sur la chaîne américaine ABC, filiale de Disney, est supprimée et son présentateur, Jimmy Kimmel, licencié suite à ses propos contre Trump (15). Suite à une vague d’indignation face à cette censure, incluant une vague de désabonnement à Disney+, la chaîne réintègrera le présentateur et son émission, mais la démonstration est faite.

Les individus ne sont pas les seuls à avoir des abonnements chez ce genre d’entreprises à l’éthique discutable. En payant pour des infrastructures Cloud chez AWS (Amazon) ou Azure (Microsoft) (16), ou des ESN comme Capgemini (17), nos entreprises financent indirectement des multinationales qui collaborent avec l’agence de contrôle des frontières américaine, ICE, en leur fournissant des logiciels de reconnaissance faciale ou des infrastructures informatiques pour traquer et déporter des familles de migrants ou de citoyens américains sur la simple base de leur apparence ethnique ou d’autres critères discriminants.

Dans un autre registre, Adobe, qui édite des logiciels pour la création numérique largement utilisés à travers le monde artistique, s'octroie le droit de scanner les œuvres privées des artistes qui utilisent leurs logiciels afin d’entraîner son IA générative (Firefly), détruisant leur propre métier (18).

CLa stratégie du boycott

Ainsi, que vous utilisiez des services gratuits ou que vous ayez des abonnements, votre argent ou vos données financent des idées, des actes, des entreprises qui peuvent aller à l’encontre de vos propres valeurs. Après avoir lu tout ça, je suis sûr que vous avez déjà résilié Netflix, revendu votre Tesla et supprimé votre compte Facebook. Mais et maintenant ? On se prive de ces services qui, en plus d’être bien utiles, sont aujourd’hui nécessaires pour s’intégrer dans la société ? Évidemment non. Des alternatives existent, elles sont nombreuses et proposent une offre vraiment comparable, voire meilleure.

D’abord, le mode facile du boycott : la migration vers des solutions plus éthiques, européennes et, parfois, open source. Je ne vais pas vous faire une liste exhaustive de toutes les initiatives parce que de telles listes sont facilement trouvables en ligne, mais voici quelques exemples (ces exemples sont ceux que je connais et sur lesquels j’ai fait des recherches, il existe probablement d’autres alternatives, peut-être plus vertueuses) :

Comparatif de quelques alternatives
✓Oui=En partie✕Non

Moteur de recherche

GoogleQwantDuckDuck­Go
Français✕✓✕
Européen✕✓✕
Open source✕✕=
Éthique✕✓✓
Gratuit✓✓✓

E-mail

GmailProton MailTutanota
Français✕✕✕
Européen✕=✓
Open source✕✕=
Éthique✕✓✓
Gratuit✓==

Musique

SpotifyDeezerQobuz
Français✕✓✓
Européen✓✓✓
Open source✕✕✕
Éthique✕✕✓
Gratuit==✕

IA

ChatGPTGeminiMistral AI
Français✕✕✓
Européen✕✕✓
Open source✕✕=
Éthique✕✕✓
Gratuit===

Stockage

Google DriveProton Drive
Français✕✕
Européen✕=
Open source✕✕
Éthique✕✓
Gratuit==

Mais changer un abonnement pour un abonnement, et rester à la merci d’une entreprise qui dépend intrinsèquement de son environnement et dont on ne peut garantir l’engagement éthique ad vitam aeternam, ne constitue pas une solution suffisante pour certains.

Alors devenez votre propre fournisseur ! Des solutions devenues accessibles au grand public (Jellyfin, Nextcloud, NAS) permettent d’héberger vous-même vos données et vos applications (streaming de musique, de films, éditeur de texte, application domotique…) chez soi, et de manière plus économique quand on additionne les abonnements au fil des années. C’est la reprise de souveraineté absolue, car aucun décret étranger ni aucune panne de géant de la tech ne peut vous couper l’accès à une vie numérique ou censurer un contenu quelconque. Et ce n’est plus uniquement accessible aux entreprises ou aux services publics, qui abandonnent elles aussi les solutions américaines pour l’open source et le fait-maison.

Donc des solutions existent. Et même s’il faut se motiver à faire la migration, ça vaut le coup. Car en plus de vous permettre de ne plus donner votre argent aux vilaines entreprises dont je vous ai parlé, ces alternatives proposent souvent un service de meilleure qualité pour un prix similaire, et restent ancrées en Europe, voire en France, ce qui pousse l’économie du continent et du pays vers le haut.

DLa danger du boycott : l'individualisme

Il convient toutefois d’apporter une certaine nuance à la puissance du boycott. Dans une société profondément marquée par l’hyper-individualisme, nous avons tendance à concevoir le militantisme comme une somme de choix personnels. Les exemples que je vous ai donné précédemment, pourraient donner l'impression qu'en obtant pour des alternatives éthiques, nous faisons "notre part" et que cela suffit à faire trembler des empires. C’est une illusion confortable, mais dangereuse.

Le danger de ce militantisme purement individuel est double. D'une part, il surestime l'impact réel d'un citoyen isolé face à des structures monopolistiques qui pèsent des milliers de milliards de dollars. D'autre part, il dépolitise le débat en transformant un problème systémique et structurel en une simple affaire de responsabilité morale personnelle. Il culpabilise l’individu (ou l'entreprise) tout en dédouanant les institutions qui permettent les écarts.

Le boycott numérique est une superbe arme de guérilla économique, mais elle ne doit en aucun cas se substituer aux méthodes de lutte collectives. Même s'ils y contribuent en s'additionnant, ce ne sont pas les petits gestes individuels qui feront reculer les géants américains ou abrogeront le Cloud Act, ce sont des régulations massives, des décisions de justice internationales, des mouvements sociaux et des politiques d’État courageuses.

Voter avec son clic est un excellent début pour assécher la légitimité des géants de la tech et financer des alternatives, on l'a vu précedemment. Mais pour que cette résistance soit victorieuse, elle doit s'extraire de la sphère privée. Le boycott ne doit pas être une fin en soi qui enferme le citoyen dans sa pureté morale. Il doit être le tremplin d'une mobilisation collective, syndicale et politique visant à reprendre, par la loi et la collectivité, le contrôle de nos infrastructures vitales. Le boycott est, avant tout, un moyen d'expression populaire.

Le boycott est, avant tout, un moyen d'expression populaire.
Chapitre III

La prochaine guerre sera numérique

Après avoir passé tout ce temps à vous expliquer pourquoi il ne faut pas hésiter à boycotter certaines solutions à cause de leur manque d’éthique, il nous faut maintenant aborder un aspect plus géopolitique et sécuritaire lié à la surutilisation de solutions américaines, à la fois à l’échelle individuelle et collective.

AL’illusion de neutralité

On imagine souvent que les entreprises et multinationales américaines puissent rester complètement indépendantes du pouvoir, notamment via des filiales implantées en Europe. Cependant, même une entreprise américaine n’ayant aucun intérêt à collaborer avec son gouvernement, ne pourrait pas le refuser pour autant. En effet, le Cloud Act et les lois américaines FISA permettent aux agences de renseignement (NSA, CIA) de saisir secrètement n'importe quelle donnée hébergée par une entreprise US (19), même si le serveur est physiquement en Europe. Sachant cela, l’utilisation historique de Palantir (entreprise américaine liée à la CIA) par la défense française (20) ou la dépendance des ministères à Windows de Microsoft (qui recule heureusement au profit du logiciel libre) (21) représentent évidemment un problème sécuritaire majeur, comparable à l’achat, par certains pays européens, d’avions de chasse dont l’utilisation dépend du bon vouloir des Américains (22).

En plus de cela, l’absence d’alternatives libres et françaises, ou au minimum européennes, dans certains domaines vitaux comme les réseaux financiers, les systèmes d’exploitation mobiles, le GPS ou la télécommunication implique une dépendance forte de la France aux États-Unis, ce qui peut expliquer, en partie, la complaisance de notre gouvernement avec l’impérialisme américain. Que se passerait-il si nous entrions en guerre contre les États-Unis ou l'un de leurs alliés, qu’elle soit militaire, économique et/ou idéologique ?

Pour illustrer cette dépendance, le cas des magistrats de la Cour pénale internationale (CPI) est assez parlant. Pour avoir pris des décisions contraires aux intérêts de Washington (à savoir l’émission d’un mandat d’arrêt contre les dirigeants israéliens, coupables de crimes de guerre), ces juges ont vu, du jour au lendemain, leurs divers comptes dans des services américains (Apple, Google, Instagram…) mais aussi leur accès aux réseaux financiers indispensables (Visa, Mastercard) gelés (23).

Ainsi, dépendre des infrastructures américaines, c’est s’exposer à un contrôle de nos capacités de défense ou de prise de décisions par un pays avec lequel on ne partage pas toujours nos intérêts.

BLe cas d’école des tests ADN

Il y a quelques années, on voyait un peu partout des publicités nous incitant à faire un test ADN afin de découvrir notre généalogie et, potentiellement, l’existence de cousins éloignés ou d’ancêtres insolites. Mais sous couvert de découvrir ses origines, l'utilisateur cède définitivement son patrimoine génétique à des firmes privées américaines (23andMe, Ancestry) (24). Or, détenir la cartographie génétique d'une population pourrait permettre à une puissance étrangère de connaître ses faiblesses médicales, ses prédispositions et ses lignées. Cela ouvre la porte à des risques majeurs de bioterrorisme ciblé (25), de discrimination ou de chantage géopolitique à grande échelle. C’est en partie pour cela que ces tests ont été interdits en France. Mais même si on reste dans la conjecture, certes pessimiste, il n’y a quasiment qu’auprès des Américains que nous avons cette forte dépendance et vulnérabilité.

CChoisir l’Europe

Face à ces menaces invisibles mais bien réelles, le patriotisme numérique n'est plus une posture morale ou un simple élan chauvin, mais un impératif de sécurité nationale. Pour nous défendre, l’Europe dispose d'un arsenal juridique et technique qu'il est urgent de valoriser et de généraliser.

Le premier pilier de cette défense est le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) (26). Souvent perçu par les entreprises comme une contrainte administrative, il s'agit en réalité d’un vrai bouclier contre le capitalisme de surveillance. En interdisant l'exploitation sauvage des données et en imposant des sanctions financières colossales aux GAFAM en cas de dérive, l'Europe peut nous protéger.

Cependant, la loi ne suffit pas si l'infrastructure reste étrangère. C'est là qu'intervient l'importance cruciale de développer nos propres solutions souveraines, comme un cloud public, et de généraliser les certifications comme SecNumCloud (27), qui assurent, pour une solution, qu'aucune loi extraterritoriale comme le Cloud Act ne pourra être brandie par Washington ou une autre puissance pour saisir nos secrets industriels, nos données médicales ou nos informations étatiques.

En plus de ça, chaque euro investi dans un abonnement ou un service européen (qu'il s'agisse de Mistral AI, Qobuz ou Proton) est un euro qui reste sur le continent et renforce notre propre écosystème.

L'histoire récente et les bascules politiques outre-Atlantique nous ont prouvé que les alliances géopolitiques sont mouvantes. Un pays allié aujourd'hui peut, au gré d'un changement de régime ou d'un conflit d'intérêts économiques, se retourner contre nous demain. Si notre économie, nos hôpitaux et nos services publics dépendent entièrement de boutons « ON/OFF » de la Silicon Valley, nous sommes condamnés à la soumission.

Si notre économie, nos hôpitaux et nos services publics dépendent entièrement de boutons « ON/OFF » de la Silicon Valley, nous sommes condamnés à la soumission.
Conclusion

Conclusion

En fin de compte, le boycott numérique fonctionne. Même si un simple clic ou une résiliation d'abonnement ne couleront pas un monopole hégémonique du jour au lendemain, l'impact de ces actions collectives reste réel. Le boycott déplace la légitimité culturelle et économique. Il a le pouvoir d’entacher la réputation des géants de la tech, réputation des plus précieuses dans l'économie de l'attention actuelle, tout en redirigeant nos ressources vers le financement d'un écosystème plus vertueux, plus transparent et plus respectueux de l'humain.

Face aux empires technologiques américains qui tentent de s'approprier jusqu'à nos infrastructures de défense, nous ne sommes pas impuissants. Choisir des alternatives souveraines, opter pour l'open source ou sauter le pas de l'auto-hébergement ne sont plus des excentricités de passionnés d'informatique ou de complotistes. Consommer local et éthique dans le monde virtuel est désormais le premier acte d’une cyber-résistance citoyenne. C'est en reprenant aujourd'hui le contrôle de nos données et de notre argent que nous préserverons nos libertés et notre souveraineté de demain.

Article écrit parEthan BEAUVAIS--GUIBERTMerci d'avoir lu cet article ! Si tu veux en discuter avec moi, n'hésite pas à me contacter sur mes réseaux :)
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Pour aller plus loin

Ressources complémentaires

  • (8)La traite des données par les GAFAM
  • (10)Edward Snowden
  • (19)Qu'est-ce que le Cloud Act ?
  • (24)Les tests ADN récréatifs
  • (26)Les RGPD
  • (27)La certification SecNumCloud

Sources et références

  • (1)La nomophobie
  • (2)L'affaire Bumble
  • (3)L'affaire Uber
  • (4)L'affaire Tesla
  • (5)Evolution des parts de marché Tesla
  • (6)L'affaire OpenAI
  • (7)Anthropic et le contrat militaire de Trump
  • (9)Cambridge Analytica et les élections
  • (11)Le projet Nimbus
  • (12)L'affaire Spotify
  • (13)L'optimisation fiscale de Netflix
  • (14)Netflix vs Cinema
  • (15)Kimmel vs Disney & Trump
  • (16)Les relations entre les GAFAM et l'ICE
  • (17)Les relations entre CapGemini et l'ICE
  • (18)L'affaire Adobe
  • (20)Palantir et le renseignement français
  • (21)Microsoft et les ministère français
  • (22)Les avions américains en Europe
  • (23)L'affaire de la CPI
  • (25)Les dangers des tests ADN
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